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MOBILITÉ

Extrait de "Contact n°1 hiver 1990 - printemps 1991" — Bulletin de liaison et d'information du Shung-Do-Kwan Budo, Genève

Stage avec Maître Correa

Un grand bravo à tous ceux qui se sont déplacés pour y participer. Nous n'avons certes pas travaillé avec un champion du monde, nous n'avons pas non plus travaillé nos biceps, ni fait des Randori à perdre haleine, mais nous avons rencontré un Maître véritable pour qui une démonstration vaut mieux qu'un long discours (merci pour les chutes) et pour qui le Judo est un moyen de devenir "meilleur".

Nous avons expérimenté une manière subtile de Kumi kata, où le simple fait de poser les paumes sur le partenaire le met en déséquilibre. Me Correa est un partisan du travail sans force et sans opposition, concept difficile à mettre en pratique pour des Judoka formés à l'école du "je tire, je pousse etc.". Ainsi les Uchi-komi ont posé bien des problèmes, même aux Judoka les plus chevronnés.

Bref, les choses simples comme marcher devenaient sources de questions et de travail acharné.

L'enseignement de Me Correa oblige le pratiquant à assouplir non seulement ses hanches, mais aussi son esprit.

Me Correa m'a laissé entendre vouloir revenir à Genève l'année prochaine. J'espère sincèrement que ce vau se réalisera et que ceux qui n'ont pu venir pour une raison ou une autre (...), pourront s'initier à cette forme de Judo riche et côtoyer un homme pour qui le Judo est une façon et un art de vivre. Enfin merci aux Judoka de bonne volonté de France, d'autres clubs et du SDK d'avoir répondu présent pour ce stage.

Pascal Dupré

La "mobilité" dans les arts martiaux

La mobilité est un des éléments essentiels des Arts Martiaux. Les Japonais l'acquièrent par la pratique avec des Maîtres, des supérieurs, qui eux l'ont acquise de leurs Maîtres par la sensation, les contacts, plus que par l'enseignement pratique, que nous appellons, nous Judoka: le Randori.

Pour l'observateur averti, pratiquant d'Arts Martiaux, la différence dans la pratique entre un Judoka français, allemand, américain ou autre et un Judoka japonais saute aux yeux. En général, il en va de même dans les autres disciplines (Karate, Kendo, Aikido, etc.).

Cette différence réside en partie dans la mobilité des Japonais et son absence chez les autres.

La mobilité ne signifie pas se déplacer, marcher, faire des gestes, des actions, dans le cas présent cela veut dire, la disponibilité, la participation de tout le corps, d'une manière déliée, dans une action d'attaque, de défense, de résistance ou d'esquive. La coordination des mouvements du corps, des membres, de la tête (quelquefois contradictoires), pour réaliser une action, avec efficacité maximale et minimum de défense.

C'est une mise en mouvement consciente, progressive et continue. Cette sorte de mobilité, sans déplacement de pieds, c'est-à-dire sans se mouvoir, tout en étant en mouvement, permet de prendre des élans sur place pour attaquer, esquiver, préparer, feinter, créer une réaction, contrer éventuellement.

La mobilité est un des éléments essentiels des Arts Martiaux.

Les Japonais l'acquièrent par la pratique avec des Maîtres, des supérieurs, qui eux l'ont acquise de leurs Maîtres par la sensation, les contacts, plus que par l'enseignement pratique, que nous appelons nous Judoka: le Randori (surtout dans l'esprit où il est pratiqué, d'une manière bien différente de la nôtre). Nous pensons d'abord à ne pas tomber et de ce fait ne pouvons nous libérer dans notre comportement et dans nos attaques. Elle existe sans doute aussi dans d'autres disciplines cette mobilité et je suppose que certains pratiquants l'ont trouvée, sinon sentie. Témoin, ce marcheur à pied que l'on regarde passer avec curiosité tellement il paraît désarticulé, et dont on a tendance à se moquer. Car pour marcher vite, et à une certaine cadence, il utilise toutes les parties de son corps et l'on a l'impression que tout bouge en même temps. Essayez, vous, pratiquants des d'Arts Martiaux, non pas de copier les gestes de ce marcheur à pied, non pas de copier les Japonais, mais de sentir cette moblité, cette disponibilité, cette coordination dans votre pratique, votre comportement, vos actions. Ne restez pas contractés, immobiles, soudés, ne faisant qu'un seul bloc de tout votre être, car ces attitudes sont autant de facteurs qui vous empêchent autant d'agir que de penser.

Sachez qu'il n'y a pas de vérité possible, de progrès possible, de réalisation possible, sans la mobilité.

Igor Correa