document - référentiel
KATA: Formes

Extrait de "Contact n°3 juillet - août 1992" — Bulletin de liaison et d'information du Shung-Do-Kwan Budo, Genève
C'est avec l'autorisation de Me Correa que nous reproduisons son article sur les Kata.
La pratique des Kata auprès de personnages comme Me Correa, Me Hirano, Me Mikami, ou plus proche de nous Pascal Krieger, ont été pour moi une source de réflexion, parfois source de surprise aussi, mais avant tout de joie.
Il est vrai que résident quelques petites différences quant à l'expression extérieure d'un Kata, mais toujours, nous avons la sensation très forte d'une réalité, d'une épine dorsale solide sur laquelle tout s'articule.
• Me Hirano enseigne le Nanatsu no Kata, qui est de son fait Un enseignement tout en rond, tout en fluidité, et également en efficacité.
• Me Correa insiste sur la "non-résistance", le Ma-ai.
• Me Krieger insiste lui sur la cohérence et la réalité des gestes.
L'éclairage - direct ou indirect - qu'apporte le Kata sur quelques mouvements parfois rebelles jusqu'alors, nous donne l'impression de mouvements presque souples, accessibles. Cela m'est apparu pour certains mouvements que je pratiquais depuis de nombreuses années, et qui navigaient entre le bien et le médiocre. Le Kata m'a apporté des réponses sûres à ces fluctuations. L'étude du principe de base, incontournable, qui ne change pas, à l'instar des autres paramètres inhérents à chacun de nous (taille, vitesse, Ma-ai, etc.).
Je regrette d'avoir attendu l'échéance du Shodan pour qu'enfin on me montre, m'enseigne, et que je commence à étudier le Nage no Kata. Je trouve cela un paradoxe, car c'est comme si on apprenait à un enfant à marcher, et la chose acquise, comment attacher ses souliers pour qu'il ne marche pas sur ses lacets.
Je suis convaincu que cette étude, dans une perspective à long terme (c'est-à-dire une pratique sur toute
une vie, et non de compétition rapide même dès le plus jeune âge !) pourrait être incluse dans le cursus normal de
la pratique.
L'enseignement du Kata - dans lequel tout se trouve et se retrouve, sans
parler du fantastique entraînement à la chute qu'il impose,
l'écoute et l'attention portées au partenaire - serait certainement
bien fondé et riche.
Enfin, pour la lecture de l'article, qui sait, j'espère que cela pourra éveiller la curiosité de quelques-uns, raviver l'envie d'autres, et au mieux vous intéresser par son à-propos.
Pascal Dupré
La pratique du judo d'aujourd'hui a oublié et pourtant ...— Les Kata de Judo
Il est absolument certain que si Maître Jigoro Kano a conçu les Kata, c'est dans le but de faire ressortir, à l'occasion de ces exercices, les différents principes dont on trouvera l'application dans l’Uchi Komi, dans le Randori et dans la compétition.
Chaque Kata permet d'étudier des formes différentes mais tous ont un trait commun à savoir - pour agrémenter, susciter un intérêt dans l'étude, le perfectionnement et l'enseignement - qu'ils ont été présentés sous forme de "No" (pièce de théâtre japonais) où il y a deux "acteurs ou interprètes" qui ont toujours un rôle identique. Ils sont conventionnels dans leur déroulement tout en étant empreints de sincérité dans l'exécution, car ils sont toujours le reflet et le simulacre de la compétition qui est une finalité justifiant l'efficacité.
Tori et Uke
Les deux "acteurs" sont Tori et Uke. Tori, étant toujours considéré plus expérimenté que Uke, subit les attaques et les maîtrise toujours. Les Kata représentent également les principes moraux et l'esprit de Maître Jigoro Kano dont l'essentiel est "entraide et prospérité mutuelle". En effet, il n'est pas possible de pratiquer le Judo tout seuil, il faut être deux et chacun doit participer, coopérer et aider l'autre. La convention réside dans le fait que les techniques et l'ordre de déroulement sont pré-déterminés. La forme de ces techniques l'est également et à chaque attaque ou action de Uke correspond une riposte bien définie de Tori, ce qui fait que chaque geste ou mouvement s'enchaîne au mouvement de l'autre et évite les arrêts et l'immobilité. Leur pratique, pour être efficace et apporter les éléments nécessaires au Judo, doit être empreinte de précision et de maîtrise du geste ou du mouvement. Son propre contrôle et celui du partenaire doivent être absolus, afin de pouvoir utiliser d'action et l'énergie de l'autre dans l'application du principe de non-résistance et de non-opposition (céder pour vaincre). Il est même possible dans l'absolu de susciter le geste, l'action du partenaire afin de l'utiliser et de pouvoir ainsi se servir de son énergie et de sa puissance en absorbant son attaque.
Points communs
Ils illustrent des formes et des principes différents malgré leurs points communs:
Le Nage no Kata: les projections par les différentes formes de techniques et également les différentes manières de projeter ainsi que les chutes. La pratique et l'exécution des Kata ne peut se faire que dans une certaine attitude et un état de concentration, une position bien définie. Avant la réalisation de l'exercice et des techniques, le plus important c'est d'être en mesure et en condition de les réaliser. Ceci n'est possible que par une forme d'esprit, condition de "vie" (mobilité) et pas uniquement par des gestes inutiles, si ce ne sont que des gestes au lieu des actions similaires à la compétition ou au Randori. Travail du corps et de l'esprit, sans cela tout le reste n'est rien.
Le Katame no Kata: les contrôles au sol par les immobilisations, les arm-lock et les étranglements.
Le Nage no Kata et le Katame no Kata étaient à l'origine exécutés à la suite l'un de l'autre et avaient l'appellation de Randori no Kata.
Contre-prises
Le Gonosen no Kata: peu pratiqué en tant que Kata, est un exercice de contre-prises. Il pourrait servir de modèle pour l'utilisation par Tori de l'action et de l'énergie de Uke. On peut percevoir trois manières différentes d'exécuter le Gonosen no Kata, suivant l'interprétation:
• une forme un peu statique. Le contrôle de l'attaque de Uke en la bloquant et la contre-prise après.
• le contrôle de l'attaque de Uke et la contre-prise en même temps que son attaque.
• le contrôle de "l'intention" de l'attaque de Uke ou l'anticipation et l'utilisation de sa préparation pour contrer, c'est-à-dire l'utilisation de son énergie par la mobilité de Tori et par la perception de la première intention d'attaque. Cette manière est sans doute la plus intéressante mais aussi la plus subtile et la plus difficile également. A la limite, elle impliquerait de la part de Tori presqu’une sollicitation à l'attaque de Uke par son attitude et sa position.
Les formes
Le Kime no Kata. Forme de défense où l'on retrouve un peu plus l'idée de "No" où Uke est censé rendre une visite amicale à Tori et laisse ses armes à la porte de Tori en entrant dans la maison. Dans le Kime no Kata, avec l'idée de défense, il y a l'idée de l'esquive suivie du contrôle et de la maîtrise de Uke soit par un Atemi, un arm-lock, un étranglement ou une projection.
Encore une fois, l'esquive de Tori doit être rigoureusement la suite ou l'anticipation de l'attaque de Uke à laquelle elle doit s'enchaîner sans aucune hésitation ni arrêt. A aucun moment, il n'y a d'opposition ni de blocage.
Le Ju no Kata: forme de la souplesse, il suit encore la règle des autres Kata, l'enchaînement des gestes ou actions de Torri avec les attaques de Uke. Les esquives également, le geste de Tori suit ou anticipe le geste de Uke et celui de Uke suit celui de Tori pour finalement se terminer par la maîtrise de Uke par Tori. Les esquives, cette fois, sont possibles par la souplesse de Uke qui va jusqu'à la limite de ses possibilités extrêmes, pour compenser l'action de Tori, avant de marquer son abandon soit sur les arm-lock, soit sur les extensions, soit sur les débuts de projection.
Le Koshiki no Kata: de loin le Kata le plus difficile après le Nage no Kata exige également comme les autres Kata une précision d'enchaînement entre les attaques de Uke, les défenses de Tori et le contrôle de Tori aux moindres actions de Uke. Il est certain que c'est le Kata qui apporte le plus d'éléments dans l'attitude, le contrôle et la défense dans la subtilité des enchaînements et des actions à mener jusqu'au déséquilibre extrême de Uke, qui n'a plus d'autre ressource que de chuter, alors qu'il n'est jamais projeté, il est seulement amené au déséquilibre maximum puis contrôlé et lâché. Uke doit particulièrement étudier la forme de sa chute, qu'il fait en réalité volontairement pour ne pas se blesser, car en plus ce Kata est censé se faire en armure très lourde, c'est ce qui en fait sa lenteur.
Uke et Tori doivent particulièrement surveiller leur position, attitude et déplacement, car ils risqueraient d'être entraînés dans un mauvais sens par le poids considérable de l'armure.
D'autres Kata
Il existe encore d'autres Kata.
L'ltsutsu no Kata: Kata des cinq principes. Peu connu et peu pratiqué en France.
Le Goshin Jitsu no Kata: un Kata de Ju-jitsu qui vient en complément des formes de défense du Kime no Kata.
Le Nanatsu no Kata exploitant le principe de l'eau, l'ondulation et le ressac des vagues et imprimant au corps de Tori la souplesse et la puissance des vagues et du ressac. Ce Kata aurait été proposé d'après T. Hirano en complément de Itsutsu no Kata. Maître Jigoro Kano n'aurait pas eu la possibilité de terminer celui-ci et aurait laissé la porte ouverte pour que l'on y apporte la suite.
Il existe sans doute d'autres Kata au Japon, ignorés en Europe ou peu connus.
Le trait commun à tous les Kata ![]()
L'intérêt principal de ces exercices - c'est la liaison étroite entre les actions de Uke et celles de Tori. L'anticipation de Tori aux attaques de Uke par une esquive suivie d'un contrôle dans la direction de cette attaque et surtout pas dans l'opposition de celle-ci. Chacun peut trouver une source de progrès par l'interprétation dans la pratique et la recherche des éléments d'efficacité, sans pour cela modifier ni l'esprit ni la forme initiale des Kata.
Igor Correa